SCEAUX (92) - MONOGRAPHIES

CONSEIL GENERAL DE LA SEINE
HOMMAGE à M. André DUNOYER de SEGONZAC. 18 MAI 1965
Paris, Imprimerie Municipale, juillet 1965, 19 p.
22,5 x 17,5 cm
Ham-Paris, collection Beaurain
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[Dédicace au feutre noir]
" Pour / Maurice et Ludmilla / en toute affection / André Dunoyer / de Segonzac / août 1965 "
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CONSEIL GENERAL DE LA SEINE
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HOMMAGE
à
M. André DUNOYER de SEGONZAC
18 MAI 1965
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[André Dunoyer de Segonzac]
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Le 18 mai 1965, a eu lieu, au château de Sceaux, l'inauguration de la donation DUNOYER DE SEGONZAC au musée de l'Île-de-France, en présence du maître et de Mme André DUNOYER de SEGONZAC, de MM. Raymond HAAS-PICARD, préfet de la Seine, Claude BOITEL, préfet délégué des Hauts-de-Seine, Bernard ANTHONIOZ, directeur de la production artistique, représentant M le ministre d'Etat chargé des affaires culturelles.
Etaient également présents des conseillers généraux et maires de la région parisienne, de hauts fonctionnaires de la préfecture de la Seine, des conservateurs des musées de Paris et du département, des artistes et des personnalités françaises et étrangères.
M Georges SUANT, président du conseil général de la Seine, a remis à l'artiste la Grande Médaille de Vermeil du Département, en reconnaissance de sa donation.
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[Dédicace manuscrite imprimée]
"Cet ensemble de mes oeuvres forme un témoignage de mon amour et de mon fidèle attachement à ce Terroir d'Île-de-France dont je suis originaire, et à qui mon talent de peintre, de graveur et de dessinateur doit beaucoup.
A. Dunoyer de Segonzac "
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DISCOURS DE M. Georges SUANT
Président du Conseil général de la Seine
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Cher Maître et, j'oserais dire, cher Antonien, -puisque votre arrière-grand-père, M. Persil, fut un illustre habitant de la commune dont je suis maire, - mes premiers mots seront pour vous remercier, au nom du Conseil général, de votre admirable don, qui enrichit les collections départementales d'une manière inespérée et trouve dans ce Musée de l'Île-de-France une place prédestinée.
N'est-ce pas, en effet, pour vous aujourd'hui comme une sorte de retour aux sources, puisque, dans sa jeunesse, le futur illustrateur du "Tableau de la boxe", de Tristan Bernard, venait dans ce parc s'entraîner aux sports ?
Si vous êtes ici, pourrait-on dire, comme chez vous, ce n'est pas seulement, cher Maître, parce que vous êtes né à Boussy-Saint-Antoine, dans une ancienne propriété de famille traversée par l'Yerres et attenant à une ferme dont les terres se prolongeaient jusqu'à la forêt de Sénart, où -je reprends vos propres termes- " vous avez appris à aimer la vieille campagne de l'Île-de-France, ses rivières et cette charmante nature du début du printemps ".
C'est aussi parce que votre vie et vos créations sont jalonnés par des étapes qui s'inscrivent dans cette même province. Villiers-Adam, Périgny, Villepreux, Chaville, Saint-Nom-la-Bretèche, Crécy-en-Brie, Serbonne, Joinville, je suis sûr que chacun de ces jolis noms évoque bien des souvenirs en votre coeur. Si, pour Gabrielle d'Anninzio, Debussy était Claude de France, ne pourrait-on, à juste titre, vous appeler André de l'Île-de-France ?
N'en déplaise aux biographes qui aiment les péripéties, votre vocation n'a pas été contrariée. Après des études classiques au lycée Henri IV -auxquelles vous devez peut-être ce qui suscitera bien plus tard les magnifiques eaux-fortes des Géorgiques- une famille compréhensive, tout en ayant souhaité vous voir préparer Saint-Cyr, ne fit pas obstacle à votre entrée dans la carrière où vous vous sentiez appelé.
Je n'entreprendrai pas de la retracer, non plus que de résoudre l'énigme de votre passage inattendu à l'Ecole des langues orientales. Si je rappelle que, saluée par la critique après l'envoi des Buveurs au Salon d'automne de 1910, elle commença par votre installation en 1906, avec Jean-Louis Boussingault, dans un petit atelier de la rue Saint-André-des-Arts, c'est que vous aimerez je pense, qu'à votre nom j'associe le sien, comme aussi celui de Luc-Albert Moreau.
En compagnie de ces deux amis, au printemps de 1908, vous prenez le départ pour Saint-Tropez. De cette époque date l'attachement que vous avez toujours porté, en même temps qu'à l'Île-de-France, aux rives de la Méditerranée , qui furent la seconde source de votre inspiration.
La région des Maures -que vous deviez quitter à la mobilisation pour prendre part aux combats, avant d'être affecté aux services de camouflage- n'était pas alors ce qu'elle est, hélas, devenue. " En certaines saisons, écrit Paul Jamot dans son beau livre, on pouvait faire des kilomètres et des kilomètres sur la route qui, du Lavandou jusqu'à Saint-Raphaël, épouse, entre les bois de pins et les rochers, presque toutes les sinuosités du rivage, sans rencontrer âme qui vive, surtout âme qui vive en costume parisien ". Quantum mutatus !
Proba, vigoureux, sincère, l'artiste est chez vous -Buffon, une fois de plus, a raison- l'image de l'homme. Vous ne concevez pas l'art sans le naturel, vous avez horreur de l'esthétisme et des théoriciens. Comme ce philosophe qui démontrait le mouvement en marchant, vous démontrez ce que doit être la peinture en peignant.
A un journaliste qui souhaitait recueillir votre opinion sur la peinture contemporaine, vous répondiez, non sans humour : " Excusez-moi, je n'ai pas beaucoup de conversation".
Je n'en ai guère plus, quant à moi, pour situer et analyser votre œuvre, depuis sa découverte par le couturier Paul Poiret et le critique Roger Marx. Me tromperais-je, cependant, en disant que le mot-clé qui la définit est : indépendance ?
Aux diverses révolutions picturales que vous avez traversées d'un pas égal depuis plus d'un demi-siècle, vous avez toujours accordé attention et souvent même estime. Votre collection personnelle, m'a-t-on assuré, témoigne de votre éclectisme.
Mais, pour votre part, étranger à tout ce qui est mode inconstante ou convention arbitraire, vous vous êtes tenu, comme C[e]zanne, à l'étude réfléchie de la nature, dégageant dans un paysage les formes, les lignes et les tons dominants, pratiquant une simplification qui ne va jamais jusqu'à la déformation du motif, préférant aux contrastes et aux violences la qualité des justes accords.
Par l'élimination de l'accidentel et de l'accessoire, les empâtements généraux mais réfléchis, les richesses assourdies de la matière colorée, vos toiles témoignent d'un réalisme gonflé d'une puissante poésie, dont la grandeur est vivifiée par un sens robuste du concret, de tout ce qui est rustique et terrien.
Beaux fruits de plein air mûris par l'été, les nus que vous représentez dans des poses pleines d'abandon et de liberté expriment l'union du sol et de l'être de chair, exaltent la joie humaine dans la joie de la nature.
D'un caractère à la fois aristocrate et paysan comme toute votre peinture, vos natures mortes ne contiennent ni pot à tabac ni guitare. La viande, le pain, les légumes, le litre de vin rosé de Provence, parfois le journal et aussi les fleurs, tels sont vos thèmes préférés. Aussi n'est-il pas étonnant que la seule Académie dont vous faites partie -du moins dans notre pays- soit celle des gastronomes et que vous ayez enrichi les deux volumes de son dictionnaires de savoureux frontispices.
Que le bon vivant n'ait jamais cessé en vous de faire bon ménage avec l'artiste, c'est ce qu'atteste encore -certains diraient : par excellence- toute votre œuvre de dessinateur, d'aquarelliste et de graveur. Ces milliers de pièces, d'une facture économe et racée -où la vie s'unit au style, la fraîcheur à la décision, la grâce à la "tenue"- par leur abondante variété comme par la souveraine maîtrise dont elles témoignent, vous placent au rang des meilleurs et vous égalent aux plus grands.
[Remise de la Grande médaille vermeil du département de la Seine à André Dunoyer de Segonzac]
Leçon d'honnêteté, d'humilité, mais aussi d'optimisme et de dignité, voilà ce que l'on trouve chez celui qui, en dehors des écoles et des chapelles, a choisi de suivre sa route en solitaire, se défiant moins des autres que de lui-même, craignant par dessus tout de laisser voir ses qualités de cœur. Mais serait-il possible d'aimer à ce point la nature sans aimer aussi ses semblables ?
Il n'est pas sûr qu'une manifestation comme celle-ci agrée à votre simplicité et à votre modestie. Mais, dussent-elles être mises quelque peu à l'épreuve, le Département de ka Seine se devait de vous exprimer son admiration et sa gratitude.
Insuffisante expression de l'une et de l'autre, la Grande médaille de vermeil que je vais avoir l'honneur de vous remettre, et que vous nous faites l'honneur d'accepter, est pour vous un hommage maintes fois mérité.
Il s'adresse au maître qui déclarait un jour : " Je crois que la sympathie qu'on a bien voulu me témoigner en tant qu'artiste m'est venue de ce que j'avais oublié de me grimer, à une époque où tant d'autres ont cru nécessaire de se composer un visage ".
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REPONSE
DE M. André DUNOYER DE SEGONZAC
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Je suis très touché et honoré par votre accueil, Monsieur le Préfet de la seine, Monsieur le Président du Conseil Général.
Je vous remercie très vivement, ainsi que M. Héron de Villefosse et M. Georges Poisson, conservateurs de ce beau Musée de l'Île-de-France, où je suis très heureux que soient réunies des œuvres exécutées dans cette belle et pure province si spirituellement française.
Né à Boussy-Saint-Antoine, charmant village aux bord[s] de la rivière d'Yerres qui serpente dans la plaine de Brie, à la lisière de la forêt de Sénart, j'ai appris, dès ma première jeunesse, à aimer la lumière discrète, le caractère mesuré et noble de ce terroir d'Île-de-France, si distinct des provinces qui l'entourent, Normandie, Picardie, Bourgogne.
Cette donation d'aquarelles, de dessins et de gravures sur ce thème de l'Île-de-France correspond à un désir que j'ai toujours eu de ne pas voir un jour dispersés aux quatre coins de la planète des œuvres ayant un caractère homogène.


C'est ce désir qui m'a incité, il y aune trentaine d'années, à donner au Musée de la guerre, au château de Vincennes, l'essentiel de mon œuvre de guerre, entre 1914 et 1918.
Je ne voulais pas qu'elle disparaisse, comme ont disparu les dessins admirables de Constantin Guys exécutés durant la guerre de Crimée. C'est un témoignage qui garde sa signification et sa force s'il est groupé.
Le même sentiment ma déterminé, sur la demande de M. Jean Cassou, à rassembler, dans une salle du musée d'Art moderne, avec le concours de M. Bernard Dorival, une importante sélection de mes toiles peintes de 1910 à 1960.
A Versailles, au musée Houdon, j'ai pu, sur l'initiative de mon cher ami René Varin, et avec l'aide de M. Breillat, bibliothécaire de l'admirable bibliothèque de cette ville, constituer une salle purement versaillaise évoquant le château, le parc et les Trianons.
Dans ce noble château de Sceaux, dont le parc rappelle le souvenir de Colbert et de Le Nôtre, et qui est voisin d'Antony, où vécut mon aïeul Jean-Charles Persil -son portrait par Daumier figure dans un vitrine- nous avons choisi, avec M. Georges Poisson et Mme Ariès, des aquarelles, des eaux-fortes et des documents sur le thème de l'Île-de-France, dont ce musée porte le nom : vallées de la Seine, de la Marne, de la Bièvre et du Morin, campagne d'Île-de-France -Crécy-en-Brie, Villepreux, Senlis, Feucherolles- de Triel à Provins.

Nous avons réuni, dans des vitrines, les cuivres gravés en Île-de-France de 1927 à 1948 pour le Chant I des Géorgiques de Virgile ; dans d'autres, des documents évoquant mon enfance à Boussy-Saint-Antoine, ma vie à Chaville et aux environs de Versailles.
Je tiens à exprimer ma très vive gratitude à M. Georges Poisson et à Mme Ariès, qui m'ont grandement aidé à réaliser cet ensemble consacré à l'Île-de-France.
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IMPRIMERIE MUNICIPALE
HOTEL DE VILLE - PARIS
12716 JUILLET 1965
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SCEAUX MUSEE MONO07













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